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Hommage à Nelson Mandela par Leonard Peltier, prisonnier politique le plus longtemps incarcéré au pays du goulag levant (ex-USA)

       

“Ma propre histoire personnelle ne peut pas être racontée, même dans sa forme actuelle abrégée, sans faire un retour en arrière longtemps avant ma naissance en 1944, en remontant à 1890 et 1876 et 1868 et 1851 et oui, jusqu’à toutes ces dates calamiteuses que furent les relations entre les hommes rouges et les hommes blancs, jusqu’à ce grave jour sombre, le plus sombre de toute l’histoire de l’humanité: le 12 Octobre 1492, le jour où notre grand malheur commença.”
“Voilà ce que l’American Indian Movement (AIM) fut et est toujours, ce n’est pas un complot subversif, pas une foule radicale, mais un collectif de leaders qui travaillent à l’unisson, utilisant des moyens matériels pour achever un but politique et spirituel: la survie de nos peuples… Il n’y a pas de suiveurs à l’AIM. Nous sommes tous des leaders. Nous sommes, chacun d’entre nous, une armée d’une personne, œuvrant pour la survie d’un peuple et d’une Terre, notre mère. Ce n’est pas réthorique. C’est une implication profonde. C’est ce que nous sommes.”
~ Leonard Peltier (activiste de l’AIM et prisonnier politique aux Etats-Unis depuis 36 ans, matricule # 89637-132. “Prison Writings, my Life is my Sun Dance”, 1999)
 
Leonard Peltier sur le décès de Nelson Mandela

Salutations à ma famille, famille élargie, amis et supporteurs:
Cela m’attriste considérablement d’apprendre qu’un grand homme comme Nelson Mandela nous a quitté. Il fut un homme d’inspiration et qui nous a montré les possibilités du comment la lutte continue menée par les peuples indigènes pouvait se manifester elle-même dans des niveaux de liberté qui avaient été réprimés par des siècles d’oppression.
Notre peuple autochtone a souffert des mêmes types d’oppression bien des fois. Ce n’est pas si évident et si facilement discernable dans certains endroits, mais quoi qu’il en soit, si vous êtes mort parce qu’un policier vous a abattu, ou si vous êtes mort parce que vous ne pouviez pas ou plus supporter le génocide racial et culturel et que vous vous êtes suicidé, vous êtes mort de toute façon avec une même cause pour racine. Nelson Mandela est connu pour sa lutte anti-apartheid en Afrique du Sud. L’Amérique avait parlé de mettre fin à l’apartheid et avait mis des sanctions sur l’Afrique du Sud. N’étant pas si bon dans la langue anglaise, je pense comprendre que l’apartheid veut dire que l’on tient quelqu’un “à part” de quelque chose: Mon peuple a été tenu à l’écart, “à part”, et de manière vonlontaire des Black Hills du Dakota du Sud (NdT: Collines et territoires sacrés pour les Sioux, Lakota, terres révélées riches en… uranium…). Il y a eu et il y a toujours des mesures qui nous tiennent à part de notre véritable histoire, perpétrées par un système éducatif qui limite la vérité de notre être.
En ce moment même, aux Etats-Unis, au Canada, en ce moment même an Amérique du Sud, il y a un apartheid qui cherche à nous séparer de nos terres ancestrales et sacrées, de nos terroirs et de nos ressources. Maintenant au Canada, des peuples autochtones luttent pour protéger leurs terres aborigènes de la fracturation hydraulique que détruit les nappes phréatiques et perturbe l’équilibre naturel de la Terre-Mère. Maintenant, suivant une mentalité d’apartheid, ils cherchent à construire des pipelines au travers des terres autochtones, ceci ayant une énorme potentiel de destruction écologique. Maintenant, il y a un apartheid qui cherche à nous séparer de la protection de la constitution des Etats-Unis qui dit que la loi du traité est la loi suprême de la terre, qui dit aussi que quiconque à droit à un procès juste et équitable, qui dit aussi que quiconque a droit à un jury de ses pairs. En ce moment même, les jeunes gens de nos peuples sont mis devant les tribunaux à un ratio qui est trois fois supérieur à celui des adultes d’autres groupes ethniques et sont maintenus en apartheid de leurs familles, en apartheid d’une représentation légale compétente.
Je pourrai continuer à n’en plus finir, mais vous pouvez voir là où je veux en venir avec tout ceci. La lutte contre l’apartheid, j’en suis certain, n’est pas finie en Afrique du Sud, tout comme n’est pas finie la lutte contre l’apartheid et l’esclavage en Amérique. Nous devons tous considérer Nelson Mandela comme une inspiration, mais je suis tout aussi inspiré par le plus petit de notre peuple qui se dresse pour ce qui est juste et bien, comme ces jeunes hommes et femmes qui occupent pacifiquement les blocages de route contre les promoteurs des entreprises de fracturation hydraulique et contre des usines qui blessent l’air ambiant. Pendant que j’y suis, de tout ce chaos, je veux également me rappeler d’un frère du nom de Wambli Tate qui s’est fait le champion des causes autochtones au travers de programmes de radio, d’écrits et sur internet, afin d’attirer l’attention sur les malfaisants qui sont représentés dans les gouvernements et les entreprises.
Nous avons perdu un bon nombre de nos gens ces quelques dernières années et je me rappelle toujours de mon frère Russell Means, qui fut aussi en lutte sans relâche pour essayer d’amener une fin à la version américaine de l’apartheid auquel doivent faire face les nations indigènes.
Dans l’esprit de tous ceux qui ont empruntés ce chemin avant nous dans cette lutte, je voudrais dire de rester fort et de ne JAMAIS, JAMAIS abandonner.
Votre ami, toujours
Au nom de l’esprit de Crazy Horse
Leonard Peltier
Mitakuye Oyasin
 
Leonard Peltier
 
url de l’article original: http://bsnorrell.blogspot.com/2013/12/leonard-peltier-on-passing-of-nelson.html
 
~ Traduit de l’anglais par Résistance 71

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